Il y a quelques années, les futurologues prédisaient une société des loisirs. Ils avaient tout faux. Les femmes vivant en couple sont de plus en plus nombreuses à travailler: en 30 ans, elles sont passées de 40 % à 70 %. Les travailleurs dont l'horaire est atypique représentent maintenant le tiers de la population active. Et les bourreaux de travail, accrochés à leurs cellulaires et Blackberry, n'arrivent plus à décrocher tout court. Dur, dur pour la vie de couple...

Le travail est une cause fréquente de difficultés conjugales, confirme Julie Brousseau, thérapeute conjugale et familiale au Centre de thérapie pour couples et familles de l'Outaouais. Certains se voient peu parce qu'ils n'ont pas le même horaire. D'autres s'investissent tellement dans leur carrière qu'ils en négligent leur partenaire. Ils sont trop éreintés pour sortir, converser ou même faire l'amour. Le partage des tâches est inéquitable. «Cela entraîne des tensions et de la discorde, constate la thérapeute. Les moments de complicité se font rares. Les conjoints peuvent finir par s'éloigner l'un de l'autre. Certains en viennent même à rompre.»
À cela s'ajoute l'énorme valeur accordée au travail par notre société, qui exerce une pression supplémentaire sur le couple. «Les gens se définissent par rapport à leur emploi, dit Michel Lemieux, thérapeute conjugal et familial à la clinique Pro-Couple, à Saint-Lambert. Plusieurs associent réussite professionnelle et vie réussie. Mais c'est une illusion.» C'est même le contraire qui risque d'arriver si on n'y prend garde.

Quand le boulot passe au premier rang, la vie amoureuse finit forcément par être moins satisfaisante. Et moins le couple est heureux ensemble, moins il est performant au travail. «Les problèmes conjugaux se répercutent sur le rendement professionnel, remarque Nicole Hébert, psychologue à Objectif Couple, à Montréal. On perd donc sur les deux tableaux.» Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir un boulot prenant et être très amoureux, les deux concepts ne sont pas mutuellement exclusifs, mais, tôt ou tard, des conflits surgissent.