Peu importe notre façon de nous chicaner, l'essentiel est de ne pas fuir les conflits. Étonnamment, ceux-ci peuvent avoir un effet bénéfique sur le couple: ils permettent notamment d'évacuer la colère, de mettre les points sur les «i» avec notre partenaire et d'exprimer notre individualité. De même, nommer nos insatisfactions et nous donner le droit d'être en colère témoigne du respect qu'on a pour nous-même. «C'est une façon de prendre sa place, dit Serge Vidal, psychothérapeute et coauteur du livre Comment bien se disputer en couple. Mais pour ça, il fait être convaincu qu'on y a droit, à cette place.» C'est ce que vient de réaliser Élaine, 46 ans. En dix années de mariage, elle a plus souvent qu'à son tour passé outre les irritations quotidiennes: son conjoint qui oublie de passer chez le nettoyeur, qui rentre tard sans avertir, qui invite des collègues à souper à la dernière minute... «Je ne disais rien parce que je trouvais ridicule que ces petites choses m'affectent autant», explique-t-elle. Dès le début de leur relation, son mari a signifié qu'il détestait les disputes - il y a toujours moyen de discuter, selon lui. Déjà peu sûre d'elle-même, Élaine a donc fini par faire taire la colère qui germait parfois en elle. « Bien sûr, on n'a pas toujours pu éviter de se chicaner, admet Élaine. Mais chaque fois, c'est comme si le monde s'écroulait! Mon conjoint me boudait des jours durant, et je pleurais tout aussi longtemps.» Pas étonnant qu'elle ait voulu préserver la paix à tout prix!

Exprimer la colère
Cette paix factice peut toutefois coûter très cher. «Une personne qui n'exprime pas sa colère sera beaucoup plus stressée, explique Ernest Harburg, professeur à l'école de santé publique et de psychologie de l'Université du Michigan. Ce qui entraîne son lot d'effets néfastes sur la santé physique et psychologique.» À force de se taire, on risque de développer du ressentiment à l'égard de notre conjoint, en plus de miner sérieusement notre relation. Au fil du temps, Élaine a senti une distance se créer entre son mari et elle, sans compter la rancoeur qu'elle s'est mise à éprouver. «À force de discuter avec mes proches, j'ai compris que je lui en voulais parce qu'il ne me permettait pas de m'exprimer totalement.» Aujourd'hui plus affirmée, Élaine s'efforce de ne jamais ravaler sa colère devant son conjoint. «Ce changement ne lui plaît pas toujours, mais moi, je me sens mieux, dit-elle. J'ai compris que, quand je suis fâchée contre lui, cela ne signifie pas que je ne l'aime plus. J'essaie aussi de le convaincre que la chicane n'est pas nécessairement mauvaise pour notre couple, qu'il devrait s'exprimer davantage. Peut-être y arrivera-t-il en suivant mon exemple.»