Brusquement, il n'y a plus un seul bruit dans la cuisine. Même la montre et le coeur d'Anne-Marie semblent s'être arrêtés. Sur la table en acajou qu'elle a soigneusement astiquée la veille, deux corps couverts de sueur s'agitent en cadence. Ceux de son mari et d'une petite brune potelée. Abasourdie, Anne-Marie les observe sans comprendre. Puis, elle réalise. Jean-François la trompe. Son Jean-François. Celui qui lui a donné trois enfants, qui l'embrasse tendrement chaque matin avant d'aller travailler, qui rêve d'un chalet perdu dans la forêt pour profiter davantage des belles années qu'il leur reste et avec qui elle file le parfait bonheur depuis maintenant un quart de siècle.

Non, elle ne s'est doutée de rien. Comment aurait-elle pu? À ses yeux, ils formaient le couple idéal. Ils ne faisaient peut-être plus l'amour aussi souvent qu'avant, mais il y avait entre eux une telle complicité, une telle harmonie que jamais elle n'aurait imaginé vivre un jour pareil cauchemar. «La souffrance qui s'est abattue sur moi est simplement indescriptible, confie-t-elle. Pendant des semaines et des semaines, je me suis traînée dans la maison, le coeur en miettes. Je ne savais pas qu'on avait un si gros réservoir de larmes dans le corps.»

Un tsunami d'émotions
«L'infidélité est probablement la pire trahison qu'on puisse connaître dans une relation de couple, affirme François St Père, psychologue spécialisé en thérapies conjugales et auteur de L'Infidélité - Mythes, réalités et conseils pour y survivre. Et plus la trahison a duré, plus le choc est grand, surtout si la relation allait relativement bien. Les réactions qui en découlent sont donc assez violentes.» Isabelle, par exemple, a cassé en deux un à un les 356 CD de musique classique de son chum avant de détruire à coups de marteau son ordinateur flambant neuf et son écran plasma de 3 000 $. «Il fallait que je me venge, explique cette femme de 39 ans. On ne fout pas en l'air cinq ans de vie commune et de projets d'avenir sans qu'il y ait de conséquences. Sinon, ça serait trop facile.» Michèle, elle, s'est tailladé les veines à l'aube de ses 32 ans après avoir appris que l'homme dont elle était éperdument amoureuse menait depuis huit ans une double vie. Quant à Roberta, 27 ans, elle a contacté séance tenante un avocat. «Ça ne faisait pas un an qu'on était mariés, précise-t-elle. Alors, je considère que j'ai juste connu le pire, pas le meilleur. Je voulais au plus vite passer à autre chose, repartir à neuf. Tant que j'ai été dans l'action, ça allait. Mais une fois la procédure de divorce terminée, je me suis effondrée.»

Une fois passée la stupeur qui suit immanquablement la découverte, on risque d'être emportée par une énorme avalanche de sentiments contradictoires oscillant entre la colère, la tristesse, la perte d'estime de soi, l'incrédulité, l'anxiété, la crainte de se retrouver seule, la jalousie, le désir de vengeance, l'amertume ou l'espoir d'améliorer la relation. «C'est un moment troublant, déstabilisant, pendant lequel il ne faut pas prendre de décisions, conseille Marc Pistorio, psychologue et médiateur, auteur de Vérité ou conséquences. Surtout lorsqu'il y a des enfants d'impliqués.» Évidemment, c'est nettement plus facile à dire qu'à faire. «Tant qu'on n'a pas vécu ça, on ne peut même pas imaginer ce que c'est, assure Claude, 43 ans. Un moment, j'avais envie d'imiter la femme de Bobbitt, et la seconde d'après, j'étais prête à gravir les marches de l'Oratoire à genoux pour ne pas le perdre. Dans l'intermède, mes deux fils me suppliaient de baisser le volume. Ce n'était pas la mère qui hurlait, mais l'épouse blessée à vif.» Anne, 31 ans, s'est maîtrisée de justesse en s'apercevant que ses jumelles de 7 ans assistaient à «l'annonce» en pyjama dans le salon. Du moins sur le coup. «Parce que, dans les jours qui ont suivi, j'ai failli virer sur le top. J'étais comme une cocotte minute. J'avais tellement de questions dans la tête que j'ai cru qu'elle allait éclater sous la pression.»