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Amitiés virtuelles, amitiés réelles
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Avoir des amis proches qu'on a jamais rencontrés? C'est maintenant possible avec Internet. Et, selon les adeptes de ces amitiés nouveau genre, ces amis seraient tout aussi vrais... que les vrais!
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Par Karine Vilder
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Depuis bientôt deux ans, Geneviève et Jennifer sont les meilleures amies du monde. En effet, elles n'ont plus de secrets l'une pour l'autre et pas une journée ne passe sans qu'elles se racontent par le menu ce qu'elles ont fait ou ce qui les tracasse. «Dans ma vie, j'ai rarement été proche à ce point de quelqu'un, confirme Geneviève, 36 ans, technicienne en laboratoire. Jenny, c'est mon âme soeur, ma confidente. Il n'y a rien que je ne puisse pas lui révéler, et inversement.»
Mais il y a un paradoxe. Aussi intimes soient-elles, ces deux copines ne vont jamais prendre de café ensemble, pas plus qu'elles ne courent les boutiques bras dessus, bras dessous. Encore plus troublant? Elles ne se sont toujours pas rencontrées en personne ni même parlé de vive voix! Leur relation se borne à un échange de courriels ou de messages instantanés. Et non, leur ordinateur ne fait pas écran à leur amitié. Au contraire. «Comme plein de gens en ce moment, c'est en se promenant sur le Web qu'on s'est connues, poursuit Geneviève. Et si notre amitié est strictement virtuelle, il n'en demeure pas moins qu'elle est bien réelle.»
Amitiés.com Aujourd'hui, grâce à la nouvelle génération d'Internet, il est devenu si simple et si facile de naviguer que n'importe qui peut dorénavant créer son propre blogue, mettre en ligne ses propres vidéos et ses propres compositions musicales, participer à un forum de discussion ou clavarder tranquille dans son salon avec un internaute habitant à l'autre bout de la planète. Bref, côté technique, la Toile ne nous donne plus vraiment de fil à retordre! Normal, donc, qu'on s'en serve plus souvent et que le «chat» soit passé dans les moeurs (l'enquête NETendances 2006 montre même que c'est le deuxième usage d'Internet au Québec). «Je ne vais pas sur le Net tous les soirs, mais presque, confie Marie-Hélène, 29 ans, infirmière. Je m'y suis fait une foule d'amis, et ils m'ont été très précieux quand j'ai dû aller faire un stage de huit mois à Chibougamau l'an dernier. Sans eux, je me serais sentie très, très seule. Ils m'ont encouragée et soutenue moralement, parfois mieux que ma vraie chum parce que les interurbains, ça finit par coûter cher!» D'ailleurs, si on se fie à un sondage réalisé par la firme Léger Marketing en août 2004, pas moins de 65% des Canadiennes et des Canadiens estiment que l'Internet facilite carrément les démarches pour se faire de nouveaux amis. «À un point tel que les relations virtuelles sont devenues une forme contemporaine de l'amitié, affirme André Mondoux, sociologue et chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal. Si l'amitié existe depuis toujours, ce sont ses modalités qui ont changé.»
Des amis en un clic! Désormais, nul besoin de fréquenter les cinq-à-sept ou de courir les soirées en tous genres pour élargir notre cercle de connaissances: en quelques clics, on peut se refaire une clique d'amis! Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, on allume l'ordi, on se trouve un clavardoir digne d'intérêt et hop! nous voilà prête à échanger des confidences sous le couvert de l'anonymat (on s'identifie à l'aide d'un pseudonyme) avec des correspondants de toutes les professions, de tous les âges et de toutes les origines ethniques. S'il faut s'attendre à ce que bon nombre de ces discussions ne débouchent sur rien, d'autres sauront immanquablement nous surprendre en révélant un être virtuel avec lequel on a de réelles affinités.
«En fait, il est plus aisé de se faire des amis sur Internet que dans la vraie vie, considère Stéphane Bensoussan, psychologue. Notre société fait en sorte qu'on encourage le port de masques et qu'on craint de se montrer sous notre vrai jour par peur de ne pas être aimé et de se faire juger. L'anonymat procuré par un pseudonyme facilite la conversation. Puisqu'on peut se montrer vulnérable et partager nos sentiments sans qu'il y ait de grosses conséquences, on entre plus vite dans le vif du sujet, on est plus direct dans nos paroles (ça prend du temps, écrire!) et on devient plus rapidement intime avec un étranger. Autre avantage, on hésite moins à «flusher» un ami virtuel qui ne nous semble pas intéressant. On change d'identité et de salle de «chat», et cette relation se termine là.»
En d'autres termes, on n'est pas tenue de s'encombrer de gens avec lesquels on n'a pas d'atomes crochus. Car, contrairement à ce qui se passe dans notre quotidien, rien ne nous oblige à échanger des banalités avec un membre de notre entourage qui nous enquiquine ou à faire de beaux gros sourires à des collègues qui nous sont, par exemple, franchement antipathiques. Admettons-le, quand on ne connaît pas personnellement celui qui n'en finit plus d'énumérer toutes les options de son char huit cylindres flambant neuf, il est drôlement plus facile de le rayer de notre carnet d'adresses que de lui expliquer dans les grandes largeurs pourquoi on souhaite ardemment mettre un point final à cette relation. «Moi, j'y vois aussi un autre côté positif de taille, s'exclame Clara, 32 ans, mère de trois enfants. L'ami virtuel est chez moi sans vraiment l'être. Alors, quand je discute avec lui et qu'une de mes filles se réveille en pleurant, je ne me sens pas mal à l'aise du tout de le laisser dans la seconde. Je n'ai qu'à taper: "a+ faut que j'y aille." C'est une relation beaucoup moins envahissante et beaucoup moins exigeante, car personne ne poireaute dans ma cuisine en regardant sa montre pendant que je m'occupe des petites. Je n'ai pas besoin de passer trop de temps et d'énergie pour entretenir ces amitiés-là.»
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