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Quand l'anxiété mène notre vie

Inquiétudes démesurées, phobies paralysantes, peur d'avoir peur... S'il est normal de ressentir de l'anxiété de temps à autre, ça ne l'est pas quand celle-ci domine notre vie. Heureusement, on peut apprendre à la gérer.

Par Marie-Eve Cousineau

Les 6 types de troubles anxieux
Phobie spécifique. La phobie spécifique, comme la peur des araignées, des aiguilles ou des endroits clos, est courante. «Les gens qui en souffrent consultent rarement un spécialiste, dit Stéphane Bouchard. Ils composent avec cette peur.» À moins que celle-ci ne nuise à leur qualité de vie, comme dans le cas d'une personne qui refuse une promotion parce que le nouvel emploi nécessite de prendre l'avion, ou celui d'un individu qui craint tellement les insectes qu'il évite d'aller à la campagne.

Trouble d'anxiété généralisée (TAG). Quand notre enfant a cinq minutes de retard, on se dit qu'il a été retenu quelque part, que le métro est encore en panne. Une personne atteinte de TAG, elle, imagine une série de scénarios catastrophiques. «Une personne normale doit vivre avec l'incertitude, dit Robert Ladouceur. Dans le cas de l'individu qui a un TAG, cette incertitude le rend anxieux.» Le TAG est encore mal diagnostiqué. Ceux qui en souffrent attribuent leur trop-plein d'inquiétudes à leur personnalité. «Ils disent avoir toujours été comme ça et pensent qu'ils ne peuvent pas se changer », dit Robert Ladouceur. Ils sont souvent persuadés, à tort, que leurs soucis excessifs leur permettent de prévenir les problèmes. Une croyance que la thérapie cognitivo-comportementale vise notamment à corriger.

Phobie sociale, ou anxiété sociale. Lorsque Monique devait poser une question pendant une réunion au bureau, elle demandait à une collègue de le faire à sa place. «J'avais peur de me tromper, de ne pas la poser de la bonne façon», dit l'ex-cadre, aujourd'hui âgée de 68 ans. Les gens atteints de phobie sociale craignent d'être humiliés ou jugés négativement. Ils évitent d'aller au restaurant de peur de trembler au moment de saisir un couteau ou une tasse, ne font pas la file à la caisse de l'épicerie de crainte qu'on ne juge le contenu de leur panier et s'assoient à l'arrière des autobus pour ne pas être vus. «Certaines de ces personnes fonctionnent relativement bien, même si elles ont du mal à parler en public, dit le Dr Ariel Stravynski. D'autres ont très peu d'amis et éprouvent des difficultés au travail.» Pour s'en sortir, Monique a suivi une thérapie et s'est inscrite à Phobies-Zéro. «Au début, j'étais incapable d'assister aux rencontres du groupe seule, dit-elle. Durant les six premiers mois, mon conjoint m'a accompagnée.» Depuis 1997, elle est animatrice pour Phobies-Zéro. Et elle a même prononcé une allocution devant 25 collégiens dans le cadre d'un travail scolaire de sa petite-fille. Une victoire!

Trouble panique avec ou sans agoraphobie. On boit tranquillement notre café en lisant le journal quand, tout à coup, on ressent des palpitations. On se demande pourquoi, on s'inquiète. Puis, notre coeur s'emballe. On étouffe, on a chaud, on se sent étourdie, on a le vertige. Ça y est, on est victime d'une crise cardiaque! Lorsqu'elle a vécu sa première véritable crise de panique, Laurence était persuadée qu'elle allait mourir. «Je faisais les cent pas dans le salon et je n'étais plus capable de me calmer», dit la jeune femme de 25 ans. Effrayée par son état, elle s'est précipitée à une clinique où on lui a fait passer un électrocardiogramme. Le test était normal. Diagnostic: crise de panique. Une nouvelle étonnante aux yeux de Laurence, qui ne se sentait pas particulièrement fébrile ce matin-là, même si elle avait eu une grosse semaine. La crise de panique survient la plupart du temps sans raison apparente. Plusieurs associent toutefois leur crise de panique au lieu où elle s'est produite et commencent à l'éviter; on; on parle alors de trouble panique avec agoraphobie. «Les agoraphobes n'ont pas peur des grands espaces, mais des endroits où ils pourraient paniquer et ne pas avoir d'aide», précise Stéphane Bouchard.

Trouble obsessif compulsif (TOC). Déjà, à huit ans, Rémi était obsédé par l'ordre: il rangeait la chambre de ses amis avant d'y jouer! Mais c'est en 1995 qu'il a véritablement été affecté par son trouble obsessionnel compulsif. En plus d'être préoccupé par l'ordre, il a développé une obsession de la vérification. «Après la naissance de ma première fille, je me suis mis à douter de la sécurité de mon véhicule, explique l'homme de 35 ans. Quand je ne travaillais pas, je pouvais passer une journée à vérifier un boulon de mon 4 par 4.» À ces obsessions se sont ajoutées celle de la propreté et une peur spécifique du goudron (un symbole de la saleté pour lui), après la naissance de sa deuxième fille et sa séparation. Rémi savait bien que ces idées récurrentes étaient irréalistes, mais il ne parvenait pas à les chasser. «La compulsion est une façon de diminuer l'anxiété à court terme, explique Marie-Claude Pélissier, psychologue et coordonnatrice clinique du programme pour le TOC au Centre de recherche Fernand-Séguin de l'hôpital Louis-H. Lafontaine. Avec le temps, cette stratégie devient de moins en moins efficace: elle renforce notre idée de danger, notre doute.» Autrement dit, pour ressentir le même soulagement, il faut se laver les mains cinq fois plutôt que deux. Le TOC peut prendre différentes formes. Certains sont des maniaques de l'ordre ou de la vérification, d'autres sont qualifiés d'accumulateurs parce qu'ils conservent tout ce qui leur tombe sous la main, de crainte de se débarrasser d'un objet qui pourrait servir un jour.

Enfin, les ruminateurs, eux, ont des pensées ou des images qui vont à l'encontre de leurs valeurs. Par exemple, une mère a peur d'agresser son enfant avec un couteau, un père craint d'être pédophile. Aucun désir n'alimente pourtant ces idées violentes, pornographiques ou obscènes. Pour s'en débarrasser, ces gens peuvent avoir recours à un rituel mental, comme de répéter des chiffres ou des phrases dans leur tête. Mais cette stratégie n'est évidemment pas bénéfique à long terme.

Syndrome de stress post-traumatique. Pour être atteint de ce trouble, il faut avoir vécu un traumatisme sévère: être victime de viol, être témoin d'un attentat, trouver un proche pendu, avoir un accident de voiture, etc. Malgré cela, au fil des semaines, la situation s'améliore généralement. Pas pour la minorité de personnes qui développent le syndrome: chez elles, les cauchemars, les flashs-back et l'impression de revivre l'événement perdurent. Elles entrent alors dans un pattern d'évitement (ne plus conduire, par exemple) dont elles sont incapables de se sortir. «Ces gens ont soit déjà un trouble de santé mentale, soit déjà subi un traumatisme en bas âge, ou alors ils viennent d'une famille où on trouve des problèmes de santé mentale ou d'alcoolisme», dit Jacques Bradwejn.

Des trucs pour réduire l'anxiété
• Pratiquer des activités sportives ou de relaxation, comme le yoga.
• Diminuer la consommation de stimulants, comme le café et l'alcool.
• Tenter d'identifier les sources d'anxiété. Écrire ce qui nous rend anxieuse.
• Établir un plan d'action: ainsi, si j'ai des soucis financiers, je prends rendez-vous chez un planificateur.
• Essayer de relativiser ses inquiétudes. Considérer toutes les possibilités, pas seulement les pires.
• Éviter... l'évitement!
• Se rappeler que l'attaque de panique, même si elle est très désagréable, n'est pas dangereuse. On n'en meurt pas!
• Consulter un psychologue si le problème devient trop difficile à gérer.
Merci à Nicolas Chevrier pour sa collaboration.
1. Les troubles anxieux
2. Est-ce que ça se soigne?
3. Les 6 types de troubles anxieux
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Vos commentaires sur cet article

Votre reportage m'a beaucoup rassénée! Je croyais ...

Quand on a des problèmes d'anxiété, c'est difficil...
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