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Parfaite... ou parfaitement misérable?

À trop vouloir que tout soit parfait, y compris soi-même, on risque de se retrouver à bout de souffle. En effet, la recherche de la perfection se paye. Et le prix est parfois très élevé.

Par Isabelle Bergeron

Sa maison doit toujours être impeccablement entretenue, son travail ne doit jamais connaître de ratés et les employés qu'elle supervise doivent se montrer à la hauteur de ses exigences. Quant à son fils de 9 ans, qu'elle élève seule, elle voit à ce qu'il développe son potentiel au maximum. Marie-Christine en demande beaucoup, et elle le sait. «Je le fais autant pour moi que pour les autres, dit la jeune femme de 34 ans. C'est dans ma nature, et c'est ainsi que j'ai été élevée.»

Le hic? Bien qu'elle déploie énormément d'énergie pour que tout soit parfait, Marie-Christine est rarement satisfaite. «J'ai toujours le sentiment que ça pourrait être mieux, que je pourrais faire encore plus.» Une caractéristique inhérente au perfectionnisme toxique, malsain.

Le perfectionnisme malsain
Être perfectionniste est d'abord une question de personnalité et a sans contredit ses bons côtés. Cela implique une rigueur, une minutie et une détermination qui contribuent à la réussite, au dépassement de soi. «Un perfectionnisme sain signifie qu'on se fixe des objectifs réalistes, qui nous motivent et nous donnent le sentiment du devoir accompli. Une personne perfectionniste peut également avoir un effet stimulant sur les autres en les encourageant à donner le meilleur d'eux-mêmes», explique la psychologue Isabelle Boivin.

À l'inverse, lorsqu'il est malsain, le perfectionnisme peut faire des ravages. La psychologue en sait quelque chose puisque sa thèse doctorale portait sur le perfectionnisme associé aux troubles anxieux comme l'agoraphobie. «Ce genre de perfectionnisme prédispose à l'anxiété et, d'après mon expérience, les personnes qui en souffrent sont relativement nombreuses», note-t-elle.

Le psychiatre Frédéric Fanget, auteur de Toujours mieux! Psychologie du perfectionnisme, explique qu'il existe trois types de perfectionnisme: celui envers soi, celui envers soi et envers les autres, et celui qui est prescrit socialement. «La société est beaucoup plus exigeante qu'avant, affirme le psychiatre. On n'a qu'à penser aux critères de beauté irréalistes que bien des femmes tentent de rencontrer.» Et aussi au rythme de vie souvent effréné, au besoin de concilier mille activités, à celui de performer, de se démarquer, bref, d'être la meilleure. Selon Isabelle Boivin, cette pression sociale exacerberait la tendance au perfectionnisme chez les personnes qui y sont prédisposées. Abonnée aux injections de Botox et aux régimes à répétition, Sophie, 39 ans, demeure cependant, inéluctablement, à cinq kilos et quelques rides du bonheur! «J'ai l'impression que plus mon apparence s'améliorera, plus je serai heureuse, dit-elle. Mais je n'atteins jamais mon idéal et, donc, je ne suis jamais tout à fait heureuse.»

Mais pourquoi le perfectionnisme de l'une est-il malsain et pas celui de l'autre? Le coeur de la réponse se trouve dans l'estime de soi. «Lorsque notre estime de soi est solide, cela nous permet d'éprouver du contentement et de valoriser nos efforts», explique Frédéric Langlois, professeur et chercheur en psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Si, au contraire, elle est anémiée, on pensera que ce qu'on fait n'est jamais assez bien, assez parfait. Le perfectionnisme est alors vécu comme un manque et un appel - souvent inconscient - à la reconnaissance et à l'amour des autres. Des parents ayant toujours exigé de nous le meilleur sans pour autant nous récompenser pour nos efforts sont souvent à l'origine de ce type de perfectionnisme. «Mes parents m'ont toujours appris à me comparer aux meilleurs que moi, et non aux moins bons, raconte Marie-Christine. Quoi que je fasse, ce n'était jamais assez bien puisqu'il y avait toujours quelqu'un capable de faire mieux.» Ne craint-elle pas de reproduire le même comportement avec son fils? «C'est vrai que je le pousse, mais, contrairement à mes parents, je suis capable de dire à mon garçon qu'il est bon et de reconnaître ses efforts», dit la jeune femme, qui admet cependant être moins conciliante envers elle-même. Résultat? Souvent frustrée de ne pas faire mieux, déçue par les résultats, Marie-Christine se sent parfois à bout de souffle. Idem pour Sophie, qui admet se sentir souvent déprimée: «Comment ne pas l'être quand on s'évertue à atteindre un objectif et que le résultat se trouve toujours en deçà de nos attentes?»
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Je suis perfectionniste de nature. J'aime que les ...

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