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NOUVELLE

Sur les traces de papa

Si elles ont eu envie de pratiquer le métier de leur père, c'est d'abord parce qu'elles ont connu un homme heureux. Rencontres.

Par Josée Larivée

Au salon funéraire

Mélanie Poirier, 20 ans
«À l'école primaire, je dessinais des cercueils et je profitais de chaque exposé pour apporter des outils et expliquer dans le détail comment on remplaçait le sang humain par un liquide spécial. J'étais passionnée, et tout cela me vient de mon mentor, mon inspiration: mon grand-père. Il a toujours été là pour m'écouter, et je l'ai toujours vu comme un homme doux, joyeux, plein de vie, même s'il côtoyait la mort quotidiennement. Il a tout vu et tout connu de son métier, et je veux apprendre tout ce qu'il sait. Un de nos projets est d'embaumer ensemble, afin qu'il me transmette son savoir. Il veut raffiner les méthodes de reconstruction faciale, des procédés qui ont très peu évolué en 40 ans et qui se pratiquent de moins en moins. Je trouve que c'est une excellente idée. Ça ne me dérange pas de travailler une nuit entière pour permettre à une famille de revoir un défunt tel qu'elle l'a connu, plutôt que de simplement fermer le cercueil. Le processus de deuil s'amorce mieux par la suite. Mon grand-père, par sa façon d'être, m'inspire à donner le meilleur de moi-même. Il me pousse à vouloir sans cesse m'améliorer. Comme lui, je suis joyeuse et pleine de vie. Ce qu'il m'a transmis m'appartient pour toujours.»

Nathalie Poirier, 40 ans
«Enfant, les cadavres faisaient partie de mon univers. Mon père nous répétait qu'ils étaient certainement moins dangereux morts que vivants! Mais je n'avais pas beaucoup d'intérêt pour aller embaumer. J'avais besoin de monde et de vie autour de moi. Mais je ne serais jamais partie travailler ailleurs: mon père a toujours parlé de "notre" entreprise, alors j'avais un sentiment d'appartenance. J'ai trouvé ma place en administration et auprès des familles en deuil. Après l'échec de ma première union, je suis retournée vivre chez mes parents. Mélanie a donc, elle aussi, grandi dans une maison funéraire. Quand j'allais chercher ses bulletins, ses professeurs me disaient: "Elle fonctionne très bien, il n'y a pas de soucis, mais pourriez-vous lui demander d'arrêter de parler de la façon dont on embaume les morts? Elle nous lève le coeur!" Mélanie, elle, prenait cela très au sérieux. Il était clair qu'elle marcherait dans les traces de son grand-père. Mon père et elle sont comme les deux doigts de la main. Petite, elle voulait tout savoir de lui et toujours être avec lui. Ça fait vingt ans que ça dure.»

Claude Poirier, 63 ans
«Comme dans la série Six pieds sous terre, j'ai grandi dans un salon funéraire. Si je voulais voir mon père, je descendais au sous-sol et discutais avec lui pendant qu'il embaumait. L'aider avec les familles en deuil était dans l'ordre des choses. Je dirais que c'est le métier qui m'a choisi, mais il m'a tout donné, aussi. Mes filles, Nathalie et Isabelle, représentent la première génération entièrement féminine. J'ai été épaté par leur volonté de se démarquer au sein d'une industrie masculine. S'imposer leur a demandé beaucoup de résilience, et je trouve que la venue des femmes est bénéfique. Grâce à elles, j'ai changé mes pratiques. Je suis très proche de Mélanie, première de la cinquième génération. Elle s'intéresse à tout. Par-dessus tout, elle possède les qualités essentielles pour atteindre les sommets; la chaleur humaine, l'altruisme, la sensibilité, le sens du travail bien fait, le talent et le besoin de s'engager. Au sein de la relève, cette enfant-là va faire des miracles.»


1. À la ferme
2. À la pharmacie
4. En patrouille
5. Au salon funéraire
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