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NOUVELLE

Sur les traces de papa

Si elles ont eu envie de pratiquer le métier de leur père, c'est d'abord parce qu'elles ont connu un homme heureux. Rencontres.

Par Josée Larivée

À la ferme

Sophie Forget, 26 ans
«Des quatre enfants, j'ai toujours été celle qui suivait mon père. Lorsqu'il partait faire des livraisons, je sautais dans le camion, juste pour être avec lui. Le samedi matin, je me levais avant les autres pour l'aider à faire le train. J'aimais mieux nettoyer la porcherie que la maison! Mon père clamait que c'était dangereux, une ferme, pour une enfant, mais je résistais. À 12 ans, j'allais faire le train seule, les week-ends, et je lui interdisais de vérifier mon travail. Je voulais qu'il me fasse confiance! C'est vrai que certaines tâches sont plus difficiles à cause des limites physiques. Mais là où mon père se serait servi de la force, moi, je dois me servir de ma tête. Quand un cochon de 80 kg est blessé au fond du parc, je trouve le moyen de le sortir de là! Il m'est impensable d'abandonner notre ferme. Je me suis mariée, en mai dernier, avec un producteur laitier dont la ferme est située à 124 km de la nôtre, et je suis enceinte de jumeaux. Mon rêve, c'était d'avoir mon mari et ma ferme. J'ai les deux, mais séparés! Maintenant, j'ai un autre rêve: celui de dire à mes parents: "Ce matin, vous partez profiter de la vie. La ferme, je m'en occupe."»

Luc Forget, 55 ans
«Quand Sophie était petite, je lui disais que j'allais lui vendre la ferme. Même que j'allais la lui donner! Ces 30 dernières années, la ferme a largement fait vivre mes quatre enfants. Mais aujourd'hui, il en coûte 150 $ pour élever un porc, et l'abattoir nous en donne 70 $. J'ai l'impression de lui léguer un guet-apens. La situation de l'industrie est catastrophique. Les fermes porcines ferment. Il faut chercher d'autres manières de s'en sortir. Sophie possède cette créativité et ensemble, nous prenons le virage. Ça faisait 10 ans que je rêvais d'une boucherie où les gens pourraient acheter du porc en sachant d'où il vient et comment il a été nourri! Ça y est, on l'a! Notre boucherie, Cochon cent façons, est un projet commun, mais aussi un projet de survie pour notre ferme. Ce que je veux, c'est léguer à Sophie une entreprise en bonne santé. Ç'a été une adaptation difficile, au début, d'avoir ma fille comme associée. C'est dur d'être patient quand tu es jeune! Sophie avait ce besoin légitime de faire sa place! Mais on ne met pas de côté 30 ans d'expérience. Sophie a dû se battre pour s'imposer et j'ai dû m'ajuster. Elle a une détermination à toute épreuve. Et quand on dirige une entreprise qui a besoin d'être davantage reconnue, c'est une très belle qualité!»



1. À la ferme
2. À la pharmacie
4. En patrouille
5. Au salon funéraire
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