Ensemble, c'est santé! Si l'appétit affectif est rassasié par ces repas partagés, il en va de même côté santé. Marie Breton est catégorique: «Les soupers en famille sont importants autant pour la santé nutritionnelle que pour la santé émotionnelle. Les enfants des familles qui soupent souvent ensemble mangent mieux à la maison, bien sûr, mais à l'extérieur également, a-t-on remarqué. Ils font de meilleurs choix alimentaires et portent plus d'intérêt aux aliments.»
Une étude menée par deux chercheurs de l'université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, constate que les repas en famille détournent les enfants de la télévision, qui, en plus de les exposer à une multitude de publicités, les pousse à manger au-delà de leur appétit réel. Cette recherche a aussi révélé que les enfants qui prennent au moins trois repas en famille par semaine seraient moins à risque de faire de l'embonpoint.
Pour transmettre de bonnes habitudes alimentaires aux petits, nul besoin de les assommer avec des notions nutritionnelles, de mitonner des plats complexes ou de faire la course aux ingrédients exotiques et introuvables! «Les parents sont des modèles pour les enfants. S'ils ont de bonnes habitudes alimentaires, il en sera de même pour les enfants, croit Julie Desgroseillers, nutritionniste. Les comportements acquis pendant l'enfance les suivront toute leur vie.»
Vers huit ou neuf mois, les petits devraient adopter l'horaire familial afin d'apprendre en regardant les autres. «Les enfants apprennent par imitation à manger et à aimer ce que les parents apprécient. Ils tiennent pour acquis que c'est normal et bon de manger ces aliments. Il ne faut pas miser sur le court terme, les grands discours ou le chantage, mais plutôt sur notre exemple et sur une exposition répétée aux nouveaux aliments. «Ce n'est pas important que l'enfant mange ce soir de l'aubergine ou des moules, mais bien qu'il en mange un jour et pour la vie», rappelle Marie Breton.
Le plaisir d'abord Bien avant la cuisson parfaite du rôti, le secret des soupers réussis est la recherche du plaisir. «Le travail des parents est d'amener tout le monde à la table et de préparer les plats, c'est tout. Ensuite, ils ne devraient se concentrer que sur le plaisir d'être ensemble et non pas sur le contenu de l'assiette des enfants», avance Marie Breton.
Fait troublant, l'Institut de la statistique du Québec a découvert dans le cadre d'une étude que, pour 31% des enfants de 4 ans, les repas ne constituent pas un moment agréable. Interrogés à ce sujet, ils ont répondu que les repas en famille étaient pour eux un moment de tensions et de chicanes. En rendant les soupers agréables par diverses attitudes et en créant un lieu d'échanges sains, on peut espérer un renversement de la situation. «Le repas permet de nourrir les liens familiaux en autant qu'il ressemble davantage à une fête qu'à une routine contraignante», souligne Marie Breton. Aussi, plus les familles prennent tôt l'habitude de se réunir pour manger avec leurs jeunes enfants, «moins elles auront à travailler fort, à l'adolescence, pour les ramener à la table familiale», résume Mario Sirois, psychologue en pratique privée.
Toutefois, le plaisir se mesure bien mal, il se ressent. Ce n'est pas le nombre de soupers qui importe, mais la qualité de ceux-ci sur le plan affectif. «Le plus souvent serait le mieux, mais chacun doit partir d'où il est et, de là, tenter de s'améliorer. Pour des familles qui ne mangent jamais ensemble, se réunir ne serait-ce qu'une fois par semaine est à la fois un défi et un gain», constate Marie Marquis. Manger en famille est d'abord un acte social qui permet de faire une trêve dans l'individualité croissante et les préoccupations de chacun. «Les choses importantes de notre vie sont marquées par un repas. Sans les repas pris ensemble, que resterait-il du lien qui unit la famille?» se questionne Jean-Claude Kaufmann, sociologue et auteur de Casseroles, amour et crises. Les grandes tablées et les soupers marquent les grands événements de notre histoire familiale. La preuve? Il suffit de feuilleter nos albums de photos de famille: tous les grands moments se raccrochent à des repas.
Hélas, même les grands repas de famille élargie seraient moins nombreux qu'avant. «Lors des réunions de famille, on a tendance à préparer une table pour les enfants et une autre pour les adultes, au lieu de faire comme autrefois et de se "tasser" autour de la table avec de la vaisselle dépareillée et une rallonge improvisée», confie Marie Marquis. Pourtant, ces rassemblements permettent de créer un précieux sentiment d'appartenance pour les enfants, en plus de les "grounder" à quelque chose de concret dans un monde en mouvance.» Une autre bonne raison de retrouver le plaisir de souper en famille!
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