Le premier modèle
Par ailleurs, la stabilité d'un couple n'est pas nécessairement gage d'un modèle enviable pour l'enfant. Lorsque ses parents se sont séparés alors qu'elle avait 15 ans, Sophie-Anne, 38 ans, a été plutôt soulagée. «Mes parents n'étaient pas vraiment heureux ensemble, et ça me pesait beaucoup.» Père absent et peu démonstratif, mère frustrée de ne pas recevoir plus d'attention et d'amour. «Mais ma mère n'exprimait pas ses attentes à mon père, c'est plutôt à moi qu'elle se confiait», dit Sophie-Anne, qui, en réaction à ce scénario, s'était mise à rêver du prince charmant, du grand amour. Cependant, ses relations, une fois adulte, n'ont pas été à la hauteur du conte de fée qu'elle espérait. «Chaque fois que je tombais amoureuse, mon partenaire finissait par me décevoir. Ou alors, il me quittait», raconte-t-elle.
Le déclic s'est fait quand son dernier conjoint lui a dit, avant de la quitter, qu'il avait l'impression de tenir son bonheur entre ses mains et qu'il trouvait cela trop lourd, sans compter qu'il ne savait jamais vraiment ce qu'elle attendait de lui puisqu'elle ne l'exprimait pas. «Ça m'a donné un coup, dit Sophie-Anne. Mais ça m'a rendu service. J'ai réalisé que j'agissais exactement comme ma mère l'avait toujours fait et que je choisissais des conjoints distants, comme mon père.» Parce que l'inconnu fait peur, parce qu'on n'a pas conscience de le faire ou parce qu'on ne sait pas comment faire autrement, on reproduit ce qu'on connaît bien, soit notre tout premier modèle. «Ça peut prendre du temps avant de comprendre ce dont on a hérité et de quelle façon ça nous a marquée, note Nicole Lemieux, psychologue spécialisée dans les relations de couple. Avant de pouvoir se dissocier du modèle parental, il faut prendre conscience du bagage qu'on a reçu.»
Ce bagage peut, bien sûr, avoir été favorable. Caroline, 27 ans, est parfaitement consciente de l'influence de ses parents sur ses attentes amoureuses. «Ça fait presque 35 ans qu'ils sont ensemble et ils s'aiment toujours. Je les trouve beaux, dit-elle. Et j'admire mon père parce qu'il continue de faire des efforts pour séduire ma mère!» Même si elle est assez exigeante envers ses partenaires (son père a mis la barre haute!), Caroline prend toutefois garde de ne pas idéaliser ce modèle et reste consciente du fait que les couples d'aujourd'hui risquent de ne pas durer toute une vie. «Même si l'idée du "pour toujours" me semble aujourd'hui utopique, j'ai appris de mes parents qu'il faut faire des efforts pour que le couple fonctionne.» En revanche, si on met nos parents et leur relation sur un piédestal, cela peut nous amener à croire qu'aucun conjoint ne sera jamais à la hauteur. «Jusqu'à présent, je voulais peut-être trop que mes partenaires ressemblent à mon père. J'avais tendance à mettre un terme à la relation quand je me rendais compte que ce n'était pas le cas», avoue Caroline. En discutant avec sa mère, elle a cependant compris que chaque relation était unique et qu'elle devait trouver un conjoint qui corresponde à ses attentes à elle. «Elle m'a dit: "Peut-être qu'avec un homme comme ton père ton couple ne marcherait pas du tout. Les âmes soeurs ne sont pas interchangeables!".»
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