Au cours de la dernière année, elles ont été près de 2000 à franchir le seuil d'ANO-SEP, un organisme d'aide aux femmes séparées ou divorcées, souvent blessées, désorientées, incertaines de ce que l'avenir leur réserve. «Les femmes qui viennent nous voir ont souvent peur, dit la directrice, Laurence Lagouarde. Peur de la solitude, de ne plus trouver l'amour, de ne plus avoir de sexualité, peur face à leur situation financière souvent précaire.»
Une séparation amoureuse ne va jamais sans heurts et, qu'on soit celle qui quitte ou celle qu'on a quittée, on aura un deuil à faire. Malgré le fait qu'on ait pu pressentir la séparation ou, à tout le moins, le détachement de notre partenaire, se faire laisser suscite un sentiment de rejet. L'estime de soi en prend un coup.
«La personne qui est laissée se sentira blessée, triste, trahie, atteste la psychologue Hélène Boisvert, alors que celle qui prend la décision aura mijoté son départ et sera davantage préparée.» Ce qui ne l'empêchera pas, elle aussi, d'éprouver de la tristesse avec, en prime, une bonne dose de culpabilité.
Annick, 34 ans, connaît bien ce sentiment. Il y a deux ans, après avoir vécu plus d'une décennie avec Stéphane, elle a pris son courage à deux mains pour lui annoncer qu'elle ne l'aimait plus. «Ça faisait déjà deux ans que je pensais à partir, raconte-t-elle. Mon deuil s'est fait durant ce temps-là et j'étais prête à vivre seule, mais j'ai trouvé extrêmement difficile de l'annoncer à mon ex. Je me sentais très coupable de lui faire de la peine.» Toutefois, sitôt célibataire, la jeune femme a embrassé sa nouvelle situation avec joie et soulagement, ce qui n'est certes pas le cas pour tout le monde, spécialement celles qui assistent impuissantes au dénouement de leur relation.
«Plusieurs restent accrochées très longtemps à leur peine, observe Laurence Lagouarde. Mais elles n'en témoigneront pas parce que, souvent, elles se sentent un peu honteuses de ne pas s'en sortir plus rapidement.»
La durée de l'épreuve est variable, personnelle à chacune, et dépend d'une multitude de facteurs. Inévitablement, les termes de la rupture jouent, mais, croit Hélène Boisvert, cela dépend également des ressources intérieures de chaque personne, de sa force, de son aptitude à rebondir. «J'ajouterais que la chimie qu'il y avait entre les deux personnes fait aussi une différence. J'ai vu des gens sortir d'une relation de six mois et avoir beaucoup de mal à s'en remettre.» Dans tous les cas, on oublie les livres du genre Comment surmonter votre divorce en 21 jours: il n'existe pas de raccourci.
L'argent... dans tout ça Toute la question matérielle entre aussi en ligne de compte. Une situation précaire ajoutera nécessairement aux efforts psychologiques qu'une femme séparée devra déployer pour s'en sortir. Et la situation sera d'autant plus difficile qu'elle aura dépendu, financièrement ou affectivement, de son conjoint.
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