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NOUVELLE
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Oui, vous êtes belles!
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Quelle que soit notre apparence, on a souvent du mal à reconnaître nos qualités physiques. Pourquoi?
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Par Annie Richer
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On part de loin! Ce triste constat résulterait d'un long processus. Danielle Bourque, auteure de À 10 kg du bonheur et enseignante au département de psychologie du Cégep de Sainte-Foy, souligne l'importance de certains phénomènes qui ont mené à cette étrange relation de la femme avec son corps. «Au début du siècle, on a vu apparaître une conception plus scientifique de l'alimentation, avec des principes de saine nutrition. Les diététistes se chargeaient alors d'éduquer les ménagères à cet effet. Le corps de la femme est graduellement devenu la preuve de sa compétence comme ménagère.»
L'apparition du prêt-à-porter y est aussi pour quelque chose. «Avec l'apparition de la haute couture, les couturiers ont dû créer un style afin de se démarquer, poursuit l'auteure. Petit à petit, cette tendance a introduit l'idée que le corps de la femme devait se conformer au vêtement. Puis, avec l'arrivée du prêt-à-porter dans les années 20, on a commencé à recréer les styles des designers, mais avec des tailles standardisées, question de permettre la production de masse.» Aujourd'hui, le fait que les femmes doivent payer pour faire effectuer des retouches - alors que celles-ci sont généralement offertes gratuitement aux hommes - envoie un message inquiétant: si la femme ne peut se conformer aux standards de l'industrie de la mode, c'est sa faute à elle.
Enfin, on a toujours attribué à la femme une valeur décorative. Contrairement aux hommes, les femmes sont souvent jugées en fonction de leur apparence: on se rappelle l'arrivée de Belinda Stronach et de Rona Ambrose en politique, alors que les analystes y allaient tous de leurs commentaires sur leur beauté! Dans le cas d'un politicien ou d'un homme d'affaires, c'est une tout autre histoire: les médias feront plutôt état de son pouvoir, de son efficacité et de son autorité.
Une norme culturelle unique... et inatteignable La promotion de la beauté par les médias n'est pas un phénomène nouveau. On n'a qu'à penser aux photos des pin up dans les magazines il y a plus de 50 ans, ou encore à la frénésie entourant les Marilyn Monroe et Jayne Mansfield, sex-symbols du grand écran. Le plus grand problème, aujourd'hui, c'est peut-être le resserrement des critères de beauté: l'éventail de modèles proposés a rétréci comme peau de chagrin.
De fait, les modèles de beauté contemporains sont très peu représentatifs de la population féminine: seules 1 % à 5 % des femmes répondent naturellement aux normes de beauté véhiculées dans les médias. En moins d'un siècle, l'icône de la belle fille a maigri de 22 lb, tout en grandissant de 4 po. Quant aux mensurations «idéales», elles sont passées de 37-27-38 en 1894 à 35-24-34 en 1975, selon Danièle Bourque. «Il y a toute une industrie qui a avantage à valoriser un modèle inatteignable pour la plupart des femmes, tout en leur laissant croire que, avec un peu d'efforts, elles pourront devenir ce modèle», explique Lise Goulet, du Réseau québécois d'action pour la santé des femmes. «Ainsi, si une femme, tout au long de sa vie, vise à atteindre l'idéal que lui proposent les médias, elle se trouvera inadéquate et dépensera une fortune en petits pots de crème, en régimes, etc.»
«Ça m'enrage, car, lorsque je vois de la crème antirides annoncée par une femme dans la trentaine, je ne suis pas dupe: je sais que ce qu'on me propose n'est pas conforme à la réalité. Pourtant, je me sens interpellée et je me dis que, malgré mes 60 ans, peut-être que je pourrais être belle, moi aussi...» confesse Suzanne. Mais d'où nous vient cette difficulté à prendre du recul et à porter un oeil critique sur la publicité? «Même si on ne lit pas les magazines de mode et qu'on ne regarde pas Mademoiselle Swan, on ne se rend plus compte à quel point cette influence est omniprésente, car c'est devenu une véritable norme culturelle, explique Lise Goulet. À titre d'exemple, une de mes collègues, qui porte ses cheveux gris naturels, s'est fait dire par son fils de 11 ans qu'il préférait qu'elle n'aille plus le chercher au service de garde: les autres enfants croyaient qu'elle était sa grand-mère, et il en était gêné. C'est tout dire! Même si on refuse les teintures et les régimes, si notre conjoint ou notre enfant nous fait comprendre qu'il nous trouverait plus belle avec quelques kilos ou cheveux gris en moins, on ressent une pression, une certaine crainte de perdre l'affection d'un proche.»
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