Scénario 4: Mme Dépense et M. Compte «Je suis une maniaque de cadeaux. J'en fais tellement qu'une conseillère financière m'a un jour dit que ça n'avait pas d'allure d'avoir un tel budget cadeaux avec les revenus que j'ai. Mon mari, lui, ne fait jamais de cadeaux. Dans sa famille, on ne s'en offre pas ou très peu: un par personne, pas cher, à Noël et à l'anniversaire, si ça s'y prête», raconte Pascale. Chez Carole et Simon, c'est l'inverse. Après avoir été mariés chacun de son côté, ils se sont rencontrés dans la quarantaine. «Lorsque nous avons commencé à vivre ensemble, nous avions deux mentalités très différentes sur le sujet, raconte Carole. La valeur des cadeaux de Simon est beaucoup plus grande que celle des miens. Ayant moins de moyens, j'offre plus modestement que lui.» Si une personne a reçu beaucoup de cadeaux dans son enfance sans apprendre à donner en retour, ou même à donner spontanément, elle ne sera pas aussi sensible au rituel des cadeaux», rappelle Lorraine Vallée. Cela dit, gare aux extrêmes: offrir trop de cadeaux pourrait donner l'impression qu'on sent le besoin d'acheter l'autre ou qu'on a quelque chose à se faire pardonner. «Un conjoint qui ressent toujours le besoin d'offrir un gros cadeau qui crée un malaise chez l'autre devrait se poser quelques questions. Tente-t-il de compenser une faible estime de soi? Veut-il étaler sa puissance? Sent-il le besoin d'acheter l'autre?» soulève la psychologue. À l'inverse, des cadeaux de peu de valeur ou visiblement achetés pour se débarrasser d'une corvée font voir un certain désengagement qui peut parfois blesser.
Résolution: «Le piège, c'est qu'un conjoint interprète la manière dont l'autre donne sans aborder la question de front. Si on note un déséquilibre, il est nécessaire de s'ouvrir et s'en parler», affirme Lorraine Vallée. Si le choc entre les cigales qui économisent et qui sont peu portées sur les présents et les fourmis dépensières et fanas des cadeaux peut parfois générer des conflits, cela peut aussi devenir prétexte à des changements positifs. Chacun «contaminant l'autre», notre fourmi s'ouvre à la folie et la cigale, elle, coupe dans les cadeaux superflus. Et puis, pour éviter les comparaisons, pourquoi ne pas s'offrir des cadeaux de couple? Une sortie, un forfait vacances, une séance de massage à deux, etc.
Question de sexe? Les femmes sont-elles plus portées sur les cadeaux que les hommes? C'est du moins ce que pense le sociologue américain Theodore Caplow, qui a noté des différences entre les deux sexes dans le type de cadeaux offerts, le processus d'échange et même l'emballage. «Ce n'est pas si simple, nuance la psychologue Lorraine Vallée. Il est vrai que les femmes aiment beaucoup les petits détails, comme l'emballage soigné ou la carte parfaite, mais cela viendrait plutôt des valeurs instaurées dans chaque famille.»
Basta, les cadeaux! Pas de cadeau ne signifie pas forcément «pas d'amour». Las de la course aux cadeaux, de la cohue du magasinage et de la pression de tout trouver rapidement, certains choisissent de passer leur tour. «Il y a quelques années nous nous sommes fait le cadeau d'arrêter de nous offrir des cadeaux. On n'est plus obligés de courir les magasins, de se casser la tête pour trouver la meilleure idée, de se demander si ça va faire plaisir, etc. Fini les déceptions! Depuis, nous apprécions davantage Noël», confie Annie, en couple depuis 11 ans. «Attention, toutefois, prévient Paul Loubier. Il ne faudrait pas que cette décision signifie que le couple ne se cassera plus la tête pour se faire mutuellement des petits plaisirs.»
|