Avoir des enfants... et ne pas en avoir
Marie-Paule Grégoire, 78 ans, mère de deux garçons de 56 et 54 ans et de Carole, 43 ans. N'a aucun petit-enfant. «J'ai toujours eu un don avec les enfants. Quand j'ai perdu ma mère à 9 ans, puis ma grand-mère 7 ans plus tard, j'ai laissé l'école - j'avais une 7e année - pour m'occuper de mes frères et soeurs plus jeunes. J'ai aussi travaillé à garder les enfants des autres. Aussi, à 20 ans, lorsque je me suis mariée, la question ne se posait pas: j'allais avoir des enfants et m'occuper d'eux. J'ai laissé faire la nature et j'ai eu les deux garçons. Puis les deux grossesses suivantes ont été interrompues par des fausses couches. Je croyais bien que c'était terminé pour moi quand Carole nous a fait une surprise. J'ai dû passer les quatre premiers mois de cette grossesse alitée sans pouvoir entretenir la maison afin de m'assurer de mettre ce troisième enfant au monde. «Même si la vie n'était pas facile, je n'ai jamais été malheureuse. Il pouvait arriver des incidents, mais jamais au point de m'attrister ou de me faire regretter des choses. Je prenais - et c'est toujours le cas - la vie au jour le jour. Même si on n'était pas riches, on avait notre famille. On savait se contenter de peu et on était heureux. Quand Carole a choisi de ne pas avoir d'enfants, j'ai compris son choix. Elle a étudié pour être esthéticienne et avoir son commerce. Je ne l'imagine pas se lever le matin, aller reconduire le petit chez la gardienne et aller le chercher le soir. De toute façon, je trouve que la vie d'aujourd'hui se prête moins bien à la vie familiale qu'avant. Tout ce dont les gens se préoccupent, c'est d'avoir plus beau que l'autre. Je trouve qu'il y a beaucoup de jalousie. Il y a beaucoup d'enfants dont les parents se séparent et qui se retrouvent à aller de maison en maison. Je trouve donc qu'elle a fait un bon choix.»
Carole Grégoire, 43 ans, en couple, sans enfants. «Il n'a jamais été question pour moi d'avoir des enfants. Plus jeune, j'ai entendu des commentaires de parents qui laissaient croire qu'avoir des enfants ça vous empêchait de faire ce dont vous rêviez. Je crois qu'inconsciemment ça a fait son chemin. D'autre part, les conjoints que j'ai eus en cours de route n'ont jamais éveillé ce désir chez moi. À la différence de mon chum actuel: l'avoir rencontré plus tôt, peut-être ma vie serait-elle différente aujourd'hui... Je ne le saurai jamais. En revanche, j'ai toujours été entourée d'enfants de tous les âges. Mes amis ont des enfants et mon conjoint est grand-père. Quand je prends un petit bébé dans mes bras, j'éprouve quelque chose de très fort, mais je suis tout aussi contente de le rendre à ses parents. «Bien que j'assume mon choix, je me suis souvent sentie jugée et incomprise. Il y a un énorme tabou social autour de la question. On a qualifié ma décision d'égoïste, on a remis ma féminité en question. Moi, je réponds que je ne crois pas au fait de mettre un petit être au monde pour ensuite le confier la plupart du temps à des gardiennes. Comme mon commerce exige beaucoup de temps, d'énergie et de sacrifices, je ne crois pas que j'aurais pu consacrer tout le temps qu'il faut à un enfant. Bien que ma réalité soit entièrement différente de celle de ma mère au même âge, je suis heureuse, comblée sur tous les plans. Je jouis d'une liberté totale. Je crois qu'à mon âge ma mère était heureuse de nous avoir, mais peut-être n'avait-elle pas la même liberté que j'ai aujourd'hui. Mais elle a toujours été heureuse d'avoir bâti une famille, et même s'il y avait parfois des choses qui accrochaient, ce n'était pas assez pour la rendre malheureuse.»
Quelques statistiques Québécoises à temps plein sur le marché du travail qui sont aussi mères d'enfants de moins de 6 ans 1976: 18,5 % 1991: 41,9 % 2006: 58,1 % Source: Gouvernement du Québec.
Indice de fécondité 1851: 6,8 enfants par femme 1891: 5,6 1921: 5,3 1946-60: 4 1970: 2,1 1990: 1,7 2006: 1,6 Source: Gouvernement du Québec.
Nombre de mariages au Québec (par 1 000 habitants) 1900: 6,5 1950: 8,6 1970: 8,2 2006: 2,9 Source: Gouvernement du Québec.
Québécoises de plus de 25 ans qui détiennent un certificat ou un diplôme universitaire 1981: 163 995 1991: 301 140 2001: 474 710 Source: Gouvernement du Québec.
Pour aller plus loin Bouillon de poulet pour l'âme des mères et filles, par Jack Canfield et al., Béliveau éditeur, 2007, 335 p., 22,95 $. Histoire des mères et filles, par Gabrielle Houbre, De La Martinière, 2006, 223 p., 62,95 $. Mères-filles, par Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich, LGF, Le Livre de Poche, 2003, 412 p., 12,95 $.
|