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NOUVELLE
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Est-on obligée d'aimer sa mère?
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Ne pas aimer sa mère, cela semble inconcevable. Mais, si la relation qu'on a avec elle nous rend malheureuse, il se peut que cela arrive.
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Par Isabelle Bergeron
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«Je ne peux pas dire que je n'aime pas ma mère, confie Marie-Claude, 32 ans, mais je me sens souvent en colère contre elle et déçue de son attitude. Très présente, ma mère m'a enseigné de bonnes valeurs, comme le respect et la politesse. Mais quand j'avais de bons résultats scolaires, elle minimisait mes efforts en me disant que j'avais été chanceuse. Je la sentais jalouse de moi parce que je réussissais bien et que j'avais la vie devant moi alors qu'elle ne vivait peut-être pas la vie qu'elle aurait aimé vivre. C'est en tout cas ce que j'en ai déduit quand j'ai été plus vieille.»
En dénigrant ses fréquentations, ses réussites scolaires, ses tenues vestimentaires, etc., la mère de Marie-Claude a sérieusement hypothéqué l'amour de sa fille. Aujourd'hui encore, les pointes de jalousie de sa mère continuent de l'affecter. «Quand j'ai eu un vrai bon emploi avec un salaire décent, ma mère m'a demandé si je me sentais à la hauteur!»
L'exemple de Marie-Claude illustre parfaitement l'ambivalence de bien des filles par rapport à leur mère. Irritées par des comportements qui leur auraient fait larguer depuis longtemps n'importe quelle amie, elles se sentent véritablement coincées, retenues qu'elles sont par un amour filial tout naturel ou par un sentiment de culpabilité tout féminin.
Pas inconditionnel, l'amour «Enfant, j'ai beaucoup souffert du manque d'attention de ma mère, confie Catherine, 28 ans. Le soir, elle sortait souvent et, le jour, avant que je sois en âge d'aller à l'école, elle me faisait garder. C'est surtout mon père qui s'est occupé de moi.» Même quand elle était à la maison, la mère de Catherine, alcoolique, était tout aussi absente puisqu'elle était généralement intoxiquée. «De plus, mon père et elle se disputaient très souvent, ce qui m'attristait beaucoup. Je me sentais abandonnée par ma mère, et ce sentiment n'a fait que s'intensifier en vieillissant.» Les quelques moments d'affection que lui témoignait sa mère lorsqu'elle était sobre faisaient naître un espoir dans le coeur de la jeune fille. Espoir aussitôt déçu. «J'étais avide de son amour, mais ses marques de tendresse étaient trop rares pour combler mon besoin d'elle... Je ne ressens pas d'amour pour elle, juste de la pitié», admet Catherine, visiblement amère.
Pour Véronique Moraldi, consultante en communication relationnelle et auteure de La Fille de sa mère, «la notion d'obligation est tout à fait incompatible avec celle d'amour: on n'est donc pas obligé d'aimer sa mère.» Toutefois, la spécialiste précise que, lorsque la relation est malsaine, quelle qu'en soit la raison, colère, tristesse, déception ou agressivité sont tout à fait légitimes. L'alcoolisme de sa mère a entraîné chez Catherine un tel sentiment d'abandon que son amour pour elle n'a pas survécu. Cela dit, après toutes ces années, le vide laissé par ses absences répétées est toujours aussi douloureux et, au fond d'elle-même, la jeune femme ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine culpabilité. «Avec ma tête, je suis capable de reconnaître que l'alcoolisme est une maladie et qu'à cause de cela ma mère n'a pas été capable d'être une bonne mère même si, dans mon coeur, j'en souffre encore.»
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