Vivre avec notre décision
France, 34 ans, est devenue pro dans l'art de prendre le large. À peine si elle ne laisse pas sa valise sur le pas de la porte lorsqu'elle tombe amoureuse. Sa dernière histoire d'amour remonte à deux ans. Elle a duré un an et demi. Tout comme la précédente, d'ailleurs. «Je ne suis jamais restée plus de deux ans avec un homme», dit-elle. C'est toujours elle qui largue les amarres. La jeune femme commence tout juste à prendre conscience qu'elle sabote elle-même ses relations, et que ce n'est pas à cause de l'autre, comme elle s'en est toujours convaincue. «Cela a sans doute quelque chose à voir avec mon père, qui nous a abandonnées très tôt, ma mère et moi.» L'explication n'atténue malheureusement pas les regrets que France éprouve, surtout en ce qui concerne sa dernière relation. «J'ai perdu quelqu'un que j'aimais vraiment beaucoup, dit-elle. En plus, je l'ai blessé.» À tout le moins, prend-elle conscience du pattern qu'elle a souvent répété, contrairement à d'autres qui persisteront à prendre la fuite toute leur vie sans pour autant en éprouver quelque satisfaction au bout du compte.
«Ce sont des gens qui ont fait de la fuite leur principal mode de gestion de conflits, dit Robert Maurer. Si telle est notre façon de faire, on peut en déduire que le problème vient de l'intérieur et non de la situation dans laquelle on se trouve.» On a alors tout intérêt à bien réfléchir et à en parler à des proches avant de prendre le large.
«On choisit des personnes de confiance, qui ne nous jugeront pas», insiste Jocelyne Bounader. Pour sa part, France croit que, même si cela prendra du temps, elle arrivera à force de travail sur elle-même à se défaire du pattern qu'elle connaît si bien. Par contre, un retour en arrière pour tenter de regagner son ex-amoureux est impensable. «D'abord parce que je l'ai blessé, dit-elle. Et puis, je ne veux pas débarquer brusquement dans sa vie et risquer de le blesser davantage.»
Il arrive en effet qu'on puisse avoir certains regrets après une décision pour le moins radicale qu'on a prise un, deux, cinq ans plus tôt. La psychologue Jocelyne Bounader nous met cependant en garde: «Il est très facile d'idéaliser le passé, dit-elle. On doit se rappeler les raisons qui ont motivé notre décision.»
Christiane admet qu'une fois arrivée en Provence et dans la première année qui a suivi, la peur de ne pas y arriver lui a traversé l'esprit à quelques reprises. «C'était difficile, il y a avait beaucoup de complications bureaucratiques, raconte-t-elle. Je me sentais parfois découragée!» Mais, heureusement pour elle, tout s'est réglé en sa faveur.
Et si ça n'avait pas été le cas? «Je m'y serais prise autrement, je serais allée ailleurs, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est que je ne serais pas revenue en arrière.» Ainsi, même si les résultats ne sont pas ceux escomptés, on ne doit pas nécessairement mettre en doute notre décision. Car, même si on avait une bonne idée de ce qu'on voulait après avoir pris le large, on n'a guère d'emprise sur les aléas de la vie! «Si, une fois qu'on a largué les amarres, rien ne marche comme on voulait, dit Jocelyne Bounader, pourquoi ne pas se repositionner et se créer un nouveau rêve, un nouveau projet?»
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