Relation abusive, sentiment de ne plus avancer, insatisfaction chronique, besoin de défi... Les raisons qui peuvent nous pousser à tourner les talons et à prendre la fuite sont nombreuses. Mais est-ce la bonne décision? Cédons-nous à la lâcheté? Pour le savoir, nul doute qu'on devra faire plusieurs fois le tour de la question et peser le pour et le contre.
Christiane, elle, n'a pas ressenti le besoin d'analyser sa décision trop longtemps. L'artiste-peintre de 52 ans a pris le large il y a près de sept ans. Littéralement. «J'étais allée visiter une amie dans un petit village en Provence et j'ai eu un coup de foudre pour l'endroit, raconte-t-elle. J'ai convaincu mon conjoint et, quelques mois plus tard, nous avons tout vendu pour aller vivre là-bas.» Le goût pour l'aventure y était bien sûr pour quelque chose, mais Christiane a surtout fui une situation qu'elle ne supportait plus. «Je trouve que, souvent au Québec, les artistes n'ont pas la reconnaissance qu'ils méritent. Des années auparavant, j'avais connu un certain succès, mais tout était toujours à recommencer et cela me frustrait beaucoup.»
Alors, tant qu'à recommencer à zéro, autant le faire pour de bon, s'est-elle dit. Depuis, les choses marchent plutôt bien pour elle. À la tête d'une association d'artistes et d'une galerie d'art, elle ne pense pas revenir s'installer au Québec. «Je suis partie parce que j'avais la conviction que je serais mieux ici, dit-elle. Et c'est le cas.»
Changement de cap: le doute
Si, dans le cas de Christiane, la décision s'est prise sans hésitation, la plupart des gens qui décident de tourner le dos à une partie de leur vie doivent composer avec le doute. En effet, comment être tout à fait sûre que prendre le large s'avère la meilleure solution? Comment être certaine qu'on ne peut pas récupérer la situation?
Réponse: on ne le peut pas! Il faut accepter l'idée que rien ne garantit à 100 % que notre choix soit le meilleur. Selon Jasmine, 41 ans, on doit se faire confiance et s'écouter et se donner la chance de corriger la situation. «Ça faisait déjà deux ou trois ans que je ne me sentais plus sur la même longueur d'onde qu'une amie de longue date, dit-elle. Mais j'essayais, je continuais à la voir en espérant me sentir de nouveau proche d'elle. En vain.» C'est ainsi qu'elle a rompu une amitié de 15 ans qui ne lui convenait plus. «On n'avait plus les mêmes valeurs, et nos visions de la vie ne se rejoignaient plus du tout. J'ai donc dû le lui dire, malgré la peine que j'éprouvais à faire une croix sur une amitié qui avait déjà beaucoup compté pour moi.»
Un petit pas pour changer
Professeur de psychologie à l'Université de Californie à Los Angeles, Robert Maurer est également auteur d'Un petit pas peut changer votre vie (Anne Carrière, 2006). Si, comme le titre de son livre l'indique, le psychologue croit que de petits changements peuvent faire toute la différence, il est aussi persuadé qu'un choix plus radical s'impose parfois et que certains indices peuvent nous aider à faire - ou non - ce choix. «Notre décision concerne une relation? Si on a de plus en plus de difficulté à rester gentille et positive en présence de l'autre, qu'on n'a plus vraiment envie de rendre cette personne heureuse, la rupture est peut-être justifiée, explique-t-il. S'il s'agit de notre travail et qu'on sent que la mission de l'entreprise ne nous rejoint plus, que ses valeurs ne correspondent plus aux nôtres, là encore, il est envisageable et sans doute même souhaitable de partir.»
C'est ce qui est arrivé à Nathalie, 37 ans. Directrice de comptes dans de grandes multinationales jusqu'à l'âge de 33 ans, la jeune femme se considérait ambitieuse, voire carriériste. «Mais à 27 ans, j'ai subi une mise à pied tout à fait injustifiée et c'est à ce moment que j'ai réalisé que je n'étais qu'un numéro, que mon travail ne servait qu'à enrichir les actionnaires.» Dès lors, elle songe à quitter le marché du travail tel qu'elle l'a toujours connu. Elle se dit que, dès qu'elle tombera enceinte, elle ne retournera plus travailler - ce qui est arrivé lorsqu'elle a eu 33 ans. «Je m'étais fait un plan dans ma tête, dit-elle. Je resterais à la maison pour élever mes enfants et, un jour, je démarrerais ma propre petite entreprise.» Un plan qui ne laissait aucune place aux regrets, même si cela signifiait une baisse de revenu de presque la moitié. «Il y a trois ans, j'ai lancé une petite entreprise de jouets avec ma mère et ça va assez bien. Chose certaine, je vis maintenant en accord avec mes valeurs.»
|