Vu de l'extérieur, David (nom fictif) avait tout pour filer le parfait bonheur. Chouchouté par ses parents, entouré de bons amis, inscrit à un programme de sport-études, il excellait autant à l'école qu'au baseball, son sport de prédilection. Puis, à 16 ans, pot et haschisch sont entrés dans sa vie. À l'occasion, puis sur une base presque quotidienne. «En quatrième secondaire, on a commencé à noter des changements dans son humeur, s'attriste sa mère. À la maison, il était sur la défensive et se fâchait pour un rien. À l'école, ses notes chutaient, des suspensions pour impolitesse ont suivi, puis il a lâché le sport-études. Je me sentais démunie, déçue, découragée. Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait. Il avait tout ce qu'il voulait. On l'aimait. On était présents pour lui.»
Pendant deux ans, elle lui a parlé de la drogue et des sentiments qui l'animaient, et l'a amené à réfléchir sur ses comportements et leurs conséquences. Mais David banalisait sa consommation. «J'ai cherché de l'aide, sans en trouver, dit-elle. David aurait aussi pu consulter un psychologue à l'école, mais personne ne pouvait le forcer à le faire.»
Heureusement, David avait de bonnes bases et, si les messages de sa mère n'ont pas porté fruit sur le coup, ils ont quand même fait leur chemin. En entrant au cégep, il a aussi perdu de vue ses amis consommateurs de pot. Aujourd'hui, il réussit bien à l'école, a un emploi à temps partiel, consomme beaucoup moins et retrouve peu à peu sa bonne humeur. Bref, il s'est ressaisi et a compris que, s'il veut faire quelque chose de sa vie, il ne peut faire la fête tous les jours.
Entre limites et identité
Quand un jeune pose des gestes délinquants à l'adolescence, on pense forcément qu'il y a anguille sous roche: c'est un enfant à problèmes, sa famille est dysfonctionnelle, ou c'est la faute de ses fréquentations.
Et si la délinquance (celle qu'on appelle la «petite», pour la distinguer de la vraie) était une étape normale du développement de nos ados? De nombreuses études nord-américaines concluent en effet que la majorité des adolescents et adolescentes, soit près de 85% à 90%, commettent des gestes contrevenant aux lois, expose Clément Laporte, responsable du Centre d'expertise sur la délinquance des jeunes, au Centre Jeunesse de Montréal - Institut universitaire.
Un peu de vandalisme par-ci, un petit graffiti par-là, vols à l'étalage, drogue, batailles, école buissonnière... qui d'entre nous n'a pas commis de frasques à l'adolescence? «La délinquance est un épiphénomène de l'adolescence, dit Clément Laporte. Même les jeunes de bonne famille n'y échappent pas. Qu'ils proviennent de familles riches ou pauvres, les adolescents se livrent tout autant à la petite délinquance.» Quand elle survient entre 12 et 18 ans, elle fait partie du processus normal de socialisation de l'adolescent, poursuit-il. À travers ces comportements, il teste les valeurs de ses parents et des personnes en position d'autorité. La réponse de l'environnement tout comme les limites et les sanctions imposées vont lui permettre de s'ajuster et d'intégrer ses propres valeurs.
Martin Tison est psychoéducateur à l'école Paul-Gérin-Lajoie-d'Outremont, à Montréal. Depuis 15 ans, il a vu défiler dans son bureau des centaines de jeunes en crise et leurs parents, plusieurs provenant de milieux aisés. Pas facile d'être à la hauteur de certains parents qui sont des modèles de réussite, dit-il. «Qu'il y ait ou non des pressions de la part des parents, parfois, la barre semble trop haute. Ne se sentant pas capable de livrer la marchandise, l'ado voit l'image qu'il a de lui-même faiblir. Une part de ces adolescents en recherche identitaire va se rebeller et tourner cette agressivité vers l'extérieur.»
Si un jeune a une piètre image de lui-même, peine à s'affirmer ou a du mal à se faire des amis au primaire, tous les éléments sont là pour qu'il dérape, ajoute Marie-Claude Boutet, psychologue au sein de Parcours d'enfants, une entreprise regroupant des professionnels qui interviennent dans les écoles, notamment auprès d'adolescents aux prises avec des problèmes de délinquance, et de leurs parents et enseignants. «Le danger, c'est qu'à travers le passage à l'acte le jeune se trouve enfin une identité - celle de bum -, voie son image rehaussée par la valorisation du groupe et obtienne ainsi la reconnaissance tant convoitée.»
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